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Examens radiographiques dentaires et risque de méningiome

Examens radiographiques dentaires et risque de méningiome

L'AFCN émet un avis critique sur les conclusions d'un article paru dans la revue Cancer.

Un article, publié dans la revue Cancer du 10 avril 2012, a tenté d'établir une relation causale entre les examens radiographiques dentaires et le risque de méningiome (http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1002/cncr.26625/pdf). Si cette publication a le mérite de sensibiliser les professionnels de la santé et le patient à un usage rationnel des rayonnements ionisants, l'AFCN émet toutefois un avis critique sur les conclusions – erronées – des auteurs de l'étude.

Outre les études expérimentales visant à évaluer l'effet d'une intervention médicale, principalement dans le domaine thérapeutique, il existe trois grands types d'étude épidémiologique :

  • L'étude descriptive, où, pour une population donnée, on enregistre le nombre de malades et/ou – pour une période donnée - le nombre de nouveaux malades. L'objectif est de mesurer la dimension d'un problème de santé ;
  • L'étude cas-témoins, constituée d'un groupe de malades et d'un groupe de témoins en tout point semblables aux malades, sauf en ce qui concerne le facteur étudié. L'objectif de ce type d'étude est de formuler des hypothèses de causalité ;
  • L'étude de cohorte, où le chercheur suit une population dans le temps et enregistre la survenue du problème de santé étudié. Ce type d'étude est destiné à tester des hypothèses de causalité.

Selon le type d'étude, des conclusions plus ou moins robustes peuvent être tirées quant à un lien causal entre l'exposition et la survenue de la maladie (robustesse croissante de l'étude descriptive vers l'étude de cohorte).

Le type d'étude épidémiologique choisie par les auteurs est l'étude cas-témoins, avec un groupe de patients atteints de méningiome et un groupe témoin. L'exposition aux rayons X des malades est comparée à celle des témoins.

Les  données auprès de ces deux groupes ont été recueillies par téléphone et le questionnaire couvrait des données démographiques, des données de soins dentaires, ainsi que des données sur le type et le nombre d'examens radiologiques dentaires (intra-oral, cavité buccale complète, panoramique) au cours de la vie. 

Les auteurs de l'article établissent les constats suivants :

  • L'âge moyen des deux groupes est de 57 ans ;
  • Le groupe témoin a consulté un dentiste pour la première fois à un âge plus jeune (un an de moins) que le groupe « méningiome » ;
  • Le groupe témoin possède plus d'implants ;
  • Dans chaque groupe, plus de 90% des personnes indiquent avoir eu au moins une radiographie intra-orale, 75% au moins une radiographie buccale complète et 47% au moins une radiographie panoramique ;
  • Tout âge confondu, deux fois plus de procédures intra-orales sont relevées dans le groupe « méningiome » que dans le groupe témoin (différence statistiquement significative) ;
    En ce qui concerne l'examen panoramique, cinq fois plus d'examens ont été observés dans le groupe « méningiome » pour la tranche d'âge à l'exposition inférieure à 10 ans, par rapport au groupe témoin. Aucune différence statistiquement significative n'a été constatée pour les autres types d'examens et tranches d'âge.

De ces constats, les auteurs concluent notamment que pour les tranches d'âge à l'exposition inférieures à 10 ans, le risque de développer un méningiome est 4,9 fois supérieur.

L'AFCN présente ci-dessous ses observations sur les écueils que présente cette étude :

  • Choix du type d'étude
    Cette étude cas-témoins  n'est pas conçue pour établir un lien de causalité entre l'exposition aux radiographies dentaires et la survenue de méningiomes.
  • Subjectivité
    Les données proviennent des patients eux-mêmes et non de données objectives tirées de dossiers médicaux. De plus, cette étude a été menée par téléphone, ce qui peut mener à une orientation (consciente ou non) des réponses par l'enquêteur, ou un désir (conscient ou non) de la part des répondants  à satisfaire le souhait réel ou non de l'enquêteur en répondant dans un sens ou l'autre.
  • Données manquantes
    Aucun calcul de dose n'a été intégré dans cette publication.
  • Effet de période
    L'amélioration du parc radiologique au fil du temps n'a pas été prise en compte.
  • Biais de mémoire
    Il est parfois demandé aux personnes de faire un effort de mémoire dans un passé fort lointain (L'âge moyen est de 57 ans), ce qui implique un risque de réponses erronées.
  • Biais d'interprétation
    Les patients atteints de méningiomes pourraient tenter d'attribuer une cause à leur maladie et de ce fait surestimer le nombre d'examens radiographiques dentaires reçus.
  • Validité des données
    Il est interpellant de constater que dans cette étude, il n'y ait pas eu plus de CT-scans dans le groupe « méningiome » que dans le groupe témoin. En principe, les patients atteints de méningiomes auraient dû recevoir plus de CT-scans du fait de leur pathologie (établissement du diagnostic).
  • Inexactitude de la conclusion
    Les auteurs, dans leur « executive summary », concluent que "An increased risk of meningioma also was associated with panorex films taken at a young age on a yearly basis or with greater frequency and individuals who reported receiving such films at age  10 years had a 4.9 times increased risk of meningioma ( n= 22 vs. 5). " En clair, les auteurs rapportent que, pour les tranches d'âge à l'exposition inférieures à 10 ans, le risque de développer un méningiome est 4,9 fois supérieur. Or, les seules conclusions qui peuvent être tirées de cette étude concernent le nombre d'examens : 
    • Il y a eu deux fois plus d'examens intra-oraux dans le groupe « méningiome » (tout âge confondu) que dans le groupe témoin.
    • Il y a eu 4,9 fois plus d'examens panoramiques dans le groupe « méningiome » que dans le groupe témoin.

En Belgique, en 2008, seuls quatorze cas de méningiome ont été enregistrés. Le secteur dentaire belge contribue, en moyenne annuelle, à 0,1% de l'exposition de la population aux rayonnements ionisants.  Il est donc peu vraisemblable que les examens radiographiques dentaires contribuent de manière significative à la survenue de méningiomes en Belgique, en particulier en comparaison avec le nombre et la dose associés à d'autres types d'examen radiologique.

Néanmoins, cette étude nous rappelle que chaque examen radiologique doit être justifié, en particulier chez les jeunes enfants, qui sont plus sensibles à l'effet des radiations.

L'AFCN tient à souligner que les associations professionnelles de dentistes contribuent activement et de longue date à l'amélioration de la radioprotection des patients et des professionnels de la santé. L'AFCN apporte son soutien aux actions entreprises, notamment la formation continue qui rappelle aux professionnels les guidelines pertinents et l'obligation de contrôle de qualité des appareils et de contrôle physique des installations.